Arts de la Tapisserie

         L’art du tissage relève d’une pratique millénaire léguée par l’Egypte négro-pharaonique. Puis sa présence durable se fait remarquer dans toutes les civilisations avec des fonctions variant selon les besoins suscités par le climat et le supplément de confort, de beauté, voire de prestige, que les communautés cherchent à ajouter à leur habillement ou à leur habitation, dans les palais royaux comme dans les résidences particulières. Diverses matières entrent dans les techniques de tissage pour mettre en valeur les formes exprimant au mieux les identités culturelles et religieuses, à l’instar du ko’-sseu chinois, du kosso sahélien, du pagne tissé africain, du kilim d’orient, du tapis persan. Il en est de même des tapisseries coptes et péruviennes et des tentures du gothique européen. N’oublions pas la fameuse tapisserie de Bayeux dite tapisserie de la Reine Mathilde, en réalité une broderie, considérée comme la plus ancienne tapisserie de France, parce que datant du XIe siècle.

         Il en est ainsi de la lignée des tapisseries des Manufactures Sénégalaises des Arts décoratifs. Technique particulière de tissage pratiquée dans les ateliers de Thiès, elle reste héritière de celle rénovée des Manufactures royales des Gobelins de Paris. Ici, l’expertise est au service de l’inspiration négro-africaine d’artiste s de talents, pour un art sénégalais nouveau, comme le souhaitait le Président Léopold Sédar SENGHOR.

         Or donc, après la formation des artistes issus de l’École des arts de Dakar et leur spécialisation dans les Manufactures françaises d’Aubusson et des Gobelins, c’est au tour de la Manufacture Nationale de Tapisserie, puis des MSAD de se voir installée la première génération d’équipement. Les métiers à tisser de la seconde génération ont bénéficié du savoir –faire des ouvriers Thiessois de la Régie des Chemins de Fer du Sénégal. Aujourd’hui aux MSAD, trois types d’ateliers se partagent la chaîne de production des tapisseries et des tapis confectionnés entièrement à la main et en quatre étapes principales : le choix de la maquette, le cartonnage, le tissage et la couture.

I- LE CHOIX DE LA MAQUETTE

       L’art de la tapisserie consiste à « reproduire » par le tissage, un projet esthétique visuel, que représente la maquette de l’artiste peintre .De dimensions variables, le projet peut   être enrichi grâce aux propriétés physique spécifiques de matières qui peuvent être très diverses.la laine par exemple, offre l’avantage du confort visuel et tactile, tandis que l’agrandissement aux dimensions de la future tapisserie, y ajoute la puissance expressive du caractère monumental. La fonction de la tapisserie est d’abord murale, le tapis étant destiné essentiellement au sol. La maquette conçue par l’artiste, quand elle est nécessaire, constitue le modèle dont le choix tient compte du registre technique du tissage. Si bien que la nature des difficultés prévisibles, grâce à la perspicacité du cartonnier et du licier , détermine d’emblée, le choix des fils de chai ne de coton , appelés à supporter la trame de l’ouvrage en laine de même , l’harmonie colorée de la maquette détermine le nombre et les formes de combinaisons des coloris à mettre en œuvre pendant le tissage .Auparavant , la réalisation du carton prendra en charge l’ensemble de ces données.

II- LE CARTONNAGE

  1. Le Décalquage de la maquette : il consiste à reporter sous forme de décalque avec le maximum de précision, tous les contours visibles et sensibles du dessin proposé par l’artiste.MSAD THES
  2. Le quadrillage du décalque : fait l’objet d’un quadrillage qui est ensuite reporté sur le support devant recevoir le carton
  3. L’agrandissement de la maquette : cette opération consiste à reporter sur le support du carton, le dessin quadrillé de la maquette.     Ce report s’effectue à l’endroit ou à l’envers, selon que le carton est destiné à un métier de haute lice ou de basse lice. Cette opération s’effectue grâce au rapport d’échelle qui existe entre le quadrillage de la maquette et celui du carton.
  4. L’assortiment des couleurs : consiste à identifier les tons et les nuances de l’harmonie colorée de la maquette.MSAD
  5. L’échantillonnage : cette opération consiste à matérialiser l’assortiment des couleurs, par un assemblage organisé d’échantillons de laines disponibles.
  6. Le numérotage : c’est le système de codification du carton qui guide le tissage.

III- LE TISSAGE

L’atelier de tissage de tapisserie   ou de tapis est le réceptacle du carton. Le tissage consiste en une série d’Opérations complexes exigeant minutie et patience. Ces opérations sont réparties en trois grandes phases :

  • L’ourdissage de la chaîne,
  • Le montage de la chaîne,
  • Le tissage.
  1. L’ourdissage de la chaîne.

Cette opération consiste à préparer quantitativement, le matériau textile devant constituer l’armature de la tapisserie, selon les indications portées par le carton. Il s’agit de déterminer :ordissage

  • La longueur des fils de chaine,
  • Le nombre des fils,
  • La distance constante qui doit les séparer,
  • L’assemblage des faisceaux de fils.
  1. Le montage de la chaîne,

    preparation_tissage_tapisserie

Cette autre opération de précision consiste à installer la nappe de chai ne « ourdie » sur le métier à tisser de manière à ce que les tensions, ouvertures, fermetures et croisures se produisent selon la volonté du licier.etudiant_atelier

Le montage de chai ne comporte une phase importante, véritable épreuve de patience : l’égalisage. L’opération consiste à maintenir constant l’intervalle qui sépare deux fils de chaîne.

IV.LA COUTURE

L’atelier de couture est le réceptacle de la tapisserie brute. Le changement de coloris qui intervient plusieurs fois en cours de tissage, laisse apparaître sur le tissu des fentes appelées relais. Certes, le licier peut supprimer ces relais par un système de croisure.

Finir_tapisserie

Mais le travail de tissage s’en trouverait considérablement ralenti. C’est pourquoi, lorsqu’une tapisserie « tombe » du métier à tisser, elle comporte un grand nombre de petites fentes à fermer.

Telle se présente l’odyssée de la réalisation d’une tapisserie dans les ateliers des MSAD. Même un visiteur attentif ne peut, en une seule séance, appréhender et enregistre r la richesse admirable et les enjeux d’un art qui ne finit pas de livrer ses secrets. Il est tellement sujet à des mutations artistiques et techniques, qui, de surcroît interviennent avec lenteur. N’oublions pas que c’est au XXe siècle seulement que la tapisserie européenne s’est modernisée, par rapport à des pratiques nées cinq (05) siècles au paravent.

   Aujourd’hui, la diversification de la production commence à se réaliser dans les ateliers des MSAD : le tapis de sol est entré dans sa phase opératoire ; le premier four de céramique est opérationnel; de nouveaux pensionnaires sont recrutés   pour la formation –insertion en tissage, en céramique et en batik. Les MSAD répondent ainsi à l’espoir exprimé depuis le 04 décembre 1966, par l’ancien président de la République, le poète Léopold Sédar SENGHOR : « En inaugurant cette manufacture nationale de tapisserie, qui accueillera tous les riverains du fleuve Sénégal et même les artistes d’au –de là, nous ne faisons que revenir à l’Afrique –mère. Car l’origine de la tapisserie se situe en Afrique, en Égypte, 3 000 ans avant Jésus Christ. Nous en avons conservé le pagne, polyvalent comme toute chose essentielle en Afrique. Le pagne, vêtement ou tenture, mais toujours parure »

            D’où l’importance, au sein des MSAD, d’une mise à niveau régulière de ses techniciens dans les métiers d’arts, par rapport à l’ordre naturel de l’évolution des arts, de tous les arts. Nous référant aux raisons et à la méthode d’implantation de la tapisserie dans notre pays, sous la conduite de l’artiste Papa Ibra TALL, l’établissement se pose assurément comme l’un des sanctuaires culturels d’un passé africain tout de gloire, parce que de savoir-être. Dès lors, nous sommes également en présence d’un lieu essentiel d’incubation d’un futur de tous les possibles, face aux enjeux culturels, économiques, touristiques et diplomatiques des industries culturelles.

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